Pour la quatrième fois, Jules-Henri et Candide Gabioud ont remporté la PTL (Petite Trotte à Léon). Un abonnement à la victoire qui fait penser que le patronyme de l’épreuve, la plus longue du programme UTMB, pourrait bien changer de nom, un jour… Fiction à part, le succès des Valaisans était presque écrit. Avec un UTMB Index de 779, les deux frères étaient les grands favoris de la « PTG ».
Par Bruno Poirier – Photos BP, frères Gabioud, MIchel Cottin/UTMB
310 km, +25000 m, au départ. 296 km, +20000 m, à l’arrivée. Un manque à courir, marcher et grimper dues aux conditions météorologiques. Est-ce la pluie, le vent, le froid qui donnent plus de relief à ce que l’on accompli en montagne ? Jules-Henri (38 ans) et Candide Gabioud (41 ans) sont partagés, au moment de répondre à la question… « Oui, lâche illico, le benjamin. Car il fallait être un montagnard sur les sommets et les cols, les plus difficiles ». Et d’ajouter : « Je dirais aussi, non. Car il y a eu beaucoup de parcours de replis, il y a une incidence sur la technicité de l’épreuve. Par endroits, on était plus sur chemins typés UTMB, comme entre Champex, Bovine, Trient, Col de Balme. Nous étions loin des sentiers PTL ou Tour des Glaciers. Si nous avions fait le parcours de base, il y avait un concentré de difficulté en Suisse, sur la fin du parcours. Il y avait des cols énormes, engagés, près de la Fenêtre d’Arpette, avec des passages en via ferrata. Et heureusement que les parcours de repli ont été activés, car cela aurait été très dangereux. Cependant, c’est certain que les conditions ont durci la PTL 2025. »
Cette première analyse de Jules-Henri est validée par l’aîné des Gabioud. « Je ne vais pas dire que c’est un avantage, mais le fait d’être des montagnards aguerris nous a permis de mieux appréhender et gérer les conditions. » Et d’ajouter. « Le fait d’avoir déjà fait six fois la PTL (quatre victoires) nous donne une certaine expérience ». Et Jules-Henri de préciser. « J’ai entendu une chose qui est assez bien dite : pour réussir une PTL, il faut déjà l’avoir fait, au moins, une fois. » Rappelons qu’à l’occasion de leur première participation, en 2019, Candide et son « petit » frère avait terminé deuxième. « Nous avions fait n’importe quoi, pour dormir, lire une carte, suivre une trace GPS… Mais tout en apprenant pleins de choses », se souvient Jules-Henri. « Dès que tu connais les codes de la PTL, comment il faut fonctionner, tu sais ce qui t’attend. Et tu râles moins. »
La boucle au-dessus de Servoz et sa vue sur le Mont-Blanc, le Refuge Albert 1er, la proximité du Glacier du Tour et la descente de sa moraine font partie des nouveautés que la fratrie a apprécié. « C’était vraiment très beau », commente Candide. Cependant, le tracé de la PTL 2025 n’est pas celui qui restera dans les mémoires de Jules-Henri. « En 2021 et 2024, nous avions eu des conditions exceptionnelles. Les couchers et levers de soleil sur les crêtes en Italie, c’était un niveau au-dessus. Pour les émotions, c’est l’édition de 2021 qui restera, car c’est la première fois que l’on gagnait. Pour cette année, afin de résumer cette PTL, je vais reprendre la phrase de Candide : C’était la Petite Trotte des Replis. »
PTL, PTR, PTG… Quelque soit la définition de l’acronyme, Jules-Henri et Candide ont fait de cette aventure alpine, leur terrain de jeu. Un terrain qu’ils vont d’abord étendre en Italie, avec le Tor des Glaciers, à la mi-septembre. Puis, le Népal avec le projet d’enchaîner l’ascension de trois « Peak » dans le Khumbu : Mera (6476 m), Island (6189 m) et Lobuche (6145 m). « Nous sommes inscrits pour le TOR », annoncent-ils. Un enchaînement PTL/TOR que le benjamin des Gabioud a déjà réalisé en 2021, avec deux succès à son palmarès. « Pour récupérer, il va falloir dormir et manger, regarder les drapeaux à prières flotter au vent en faisant des siestes. » Et de préciser. « Mon plus gros soucis, ce c’est de savoir si je vais avoir la résistance mentale pour enchaîner PTL et Tor des Glaciers. Car le premier, on le fait à deux. Avec Candide, on partage quelque chose. Et le second, on se retrouve seul face à une épreuve gigantesque. » Le Tor des Glaciers, c’est 450 km et +32 000 m !
Dans le duo Gabioud, le benjamin se présente comme un « tracteur qui ouvre la route » et explique que son ainé est le « tacticien ». Malgré cette différence fondamentale, les frères ont le même UTMB Index (779). Un score qui a progressé de 41 points, par rapport à 2024. « Notre Graal, c’est d’atteindre les 800, lâche Jule-Henri, en riant. Et de préciser, plus sérieusement. « Je n’en ai rien à faire, sauf sur le fait qu’un bon index offre des avantages. » Au-delà de ses considérations, Candide est le premier supporter de son petit frère, lorsqu’il s’agit d’explorer ses limites. « Jules-Henri est quelqu’un qui se bat. Lorsqu’il gagne le Tor des Glaciers en 2021, avec Luca Papi, j’ai trouvé qu’il était plus fort, physiquement. Il n’abandonne jamais. S’il renonce, c’est à cause d’éléments extérieurs et contraires. Lorsque nous arrêtons le combat, c’est parce que les conditions sont difficiles, dangereuses. Ce que ce nous avions fait lors de la PTL 2023. » En montagne, un succès, un échec, se fête, s’analyse, au camp de base.
Le Camp de Base des Frères Gabioud se situe au Chalet de l’A Neuve. Il est tenu par Martine, la mère de Jules-Henri et Candide. C’est dans cet endroit qu’ils vont se ressourcer, avant le Tor des Glaciers. L’iconique tarte aux myrtilles de Maman Gabioud est déjà dans leur tête. « Durant la PTL, Candide a repéré les coins de cueillette. Maintenant, il y retourne pour les cueillir… », conclut Jules-Henri.
aout, 2025
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