« Italy is back… » C’est avec cette simple phrase que Francesco Puppi a commenté sa victoire, sur la CCC (Courmayeur – Champex – Chamonix). Au terme des 100 km (+6100 m), le champion du monde 2017 de course en montagne s’est imposé en 10 h 06’02 devant deux Américains : David Sinclair (10 h 13’42) et Drew Holmen (10 h 16’15). Le Français Arnaud Bonin a pris la quatrième place en 10 h 26’03. Un carton plein pour le Team Hoka, puisque le Transalpin sera accompagné par la Polonaise Martyna Mlynarczyk, lauréate chez les dames, au sommet de la CCC. La Française Blandine L’Hirondel a terminé au pied du podium.
Par Bruno Poirier – Photos UTMB
Francesco Puppi (33 ans) courrait déjà à pied – il a commencé à 6 ans, lorsque Marco Olmo a remporté l’UTMB pour la seconde fois en 2007. Et en 2018, année du succès de sa compatriote, Francesca Canepa, le jeune marathonien de 25 ans (2 h 25’35, New-York 2017) était déjà champion du Monde de course en montagne longue distance, depuis un an. Piste, route, montagne, kilomètre vertical, trail-running et ultra-trail, Francesco est un passionné de tout ce qui court. Il ne pouvait donc pas ignorer que l’Italie était l’une des nations « pauvres » du programme utmbiste, derrière la France, l’Espagne, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et à un degré moindre, la Suisse.
Cet « Italy is back » n’est pas une surprise, lorsque l’on regarde le palmarès 2025 de Francesco : TransGranCanaria Marathon (Espagne), Chianti Marathon Trail (Italie), The Canyons Endurance Runs 100K (Etats-Unis) et Lavaredo 50K (Italie). Avec son succès américain, sur un format « 100 km » qu’il découvrait, l’Italien (Index UTMB 932) ne pouvait que succéder à Olmo ou Canepa, dans le cœur des Azzurri. Pourtant, lorsque l’on le questionne sur l’épreuve qu’il affectionne le plus, il n’hésite pas une seconde : « Sierre-Zinal ! » Quatrième en 2018. Cependant. « Gagner la CCC me tenait à cœur », confiait-il en zone mixte. Second de l’OCC (2023 et 2024). Idem sur le Grand Trail des Templiers 2023, ou encore la Montée du Nid d’Aigle 2021 – année où il a réalisé 2 h 16’18 au Marathon d’Ampugano, Francesco n’avait pas franchi une ligne d’arrivée en France, en étant vainqueur.
Avec cette victoire sur le « 100K » de Courmayeur (Italie) à Chamonix (France), en passant par Champex (Suisse), Francesco n’a pas seulement démontré qu’il incarnait cet « Italy is back », mais qu’il pouvait remporter une épreuve du top niveau international en 2025. « Je suis extrêmement fatigué (il tremblait de tous ses membres, en zone d’interview), mais je suis très fier de ma performance (il a pris la tête de la course au km 40). J’ai contrôlé la course à partir de la Giète (km 65), car je me sentais super bien. Ensuite, dans la dernière montée (La Flégère, km 90), c’était très difficile. Il a fallu que j’aille chercher au plus profond de moi-même pour terminer la course. C’est pour cela que l’émotion était très forte, sur la ligne d’arrivée. J’ai été porté par le public. C’était un réel plaisir et je remercie toutes les personnes qui m’ont supporté. »
Martyna Mlynarczyk : « Cette foi m’a permis de survivre à l’adversité »
A l’image de l’Italien Francesco Puppi, la Polonaise Martyna Mlynarczyk (36 ans) a également intégré, cette saison, le Team Hoka International. A ce titre, on peut dire que Christopher Rainsford, l’athlète manager de l’équipementier américain, a fait les bons choix. Si la lauréate de la CCC 2025 n’a pas le palmarès de son équipier transalpin, l’ex-chorégraphe et danseuse a trouvé une autre voie pour exprimer ses autres talents : course sur route (33’12 au 10 km de Poznan et 1 h 13’05 sur semi-marathon à Paris, cette année), course en montagne, triathlon et marathonienne en 2 h 40’58, l’an passé à Séville. « Il me semble que dans peu de domaines de la vie, j’ai une telle détermination que dans la course à pied », confiait-elle, récemment, à Magdalena Brys, journaliste polonaise. Et Martyna de s’interroger, elle-même : « Et je ne sais pas d’où cela vient ! »
Il faut dire que c’est par hasard et (presque) par nécessité que Martyna a troqué ses pointes de danse pour des chaussures de course à pied. « Après avoir obtenu mon diplôme en chorégraphie et en danse, j’ai trouvé un emploi dans le théâtre, rembobine-t-elle. J’étais convaincue que je ferais ce que j’aimais le plus : jouer sur scène. Cependant, il s’est vite avéré qu’il était difficile d’en vivre. J’ai dû accepter d’autres emplois, comme professeur de ballet à l’école. Au fil du temps, j’ai commencé à manquer d’énergie. La danse est devenue une corvée et la passion pour le ballet s’est lentement estompée. (C’était il y a dix ans…) À ce moment-là, j’ai lu un article sur la course à pied. C’était un moyen efficace pour combattre le stress. J’ai donc commencé par faire du jogging. Après cinq semaines, j’ai participé à mon premier semi-marathon. Puis, comme beaucoup de débutants, je me suis inscrite à un marathon… »
C’est l’année suivante que Martyna a découvert la course en montagne, auprès d’un groupe de coureurs. Au sein de ce collectif, elle a commencé à s’entraîner, régulièrement, deux à trois fois par semaine. « À ce moment-là, la course à pied n’était encore qu’un loisir, se souvient-elle. J’avais un travail et je dansais toujours. Cependant, courir a commencé à me renforcer énergétiquement. Cela me donnait de la joie et m’a permis de mieux fonctionner et d’accomplir diverses tâches. Lorsque j’ai commencé à m’y intéresser sérieusement, j’ai participé à mes premiers championnats de Pologne. Je suis monté sur le podium et je me suis mise à avancer toute seule, dans le sens de la course… »
C’est en 2022 que le triathlon est entré dans la vie athlétique de Martyna. Pendant deux saisons, elle a triplé ses efforts. Une thérapie qui fut avant tout sportive. « J’ai été obligé de limiter mes entraînements de course à pied en montagne, explique-t-elle. C’était lié à la surcharge des tendons d’Achille en début de saison. L’entraînement cycliste s’est imposé. Initialement, il devait s’agir d’une solution ponctuelle. Cependant, j’ai décidé de m’essayer au triathlon, j’ai contacté Jacek Tyczyński, qui à l’époque n’entraînait que des triathlètes. » Ainsi, elle a remporté l’Ironman 70.3 Emilie-Romagne 2023 (Italie) en 4 h 34’05, dans sa catégorie d’âge (30-34). « Mais, actuellement, je ne compte pas revenir au triathlon. Je vais continuer à courir en montagne… »
Une orientation de carrière qui avait permis à Martyna de terminer deuxième, l’an passé, de la CCC en 12 h 11’12. Cette année, la Polonaise a amélioré son chrono de 30 minutes pour être la première femme à Chamonix. Une performance qui a fait oublier les doutes liés aux blessures. « Cela peut être vraiment démotivant, expliquait-elle, encore, à Magdalena Brys. Parfois, des situations échappent à notre contrôle. Même si vous pouvez essayer de mieux choisir vos entraînements, tout ne peut pas être prédit. Les blessures peuvent décevoir et enlever la motivation, même pour un moment… Pendant toutes ces années, j’étais sûr que j’atteindrais ce que j’avais prévu de faire en courant. Cette foi m’a permis de survivre à l’adversité. »
Cette foi, cet enseignement, Martyna ne le garde pas pour elle-même. Autrefois, professeur de danse, depuis maintenant 3 ans, elle distille ce qu’elle a appris et ce que sait faire en course à pied à d’autres. « Cette coopération me procure beaucoup de joie au quotidien. Du point de vue du coaching, je pense que si quelqu’un n’a pas de motivation interne, il est difficile d’attendre d’elle qu’elle suive des recommandations telles que : « il faut aller à l’entraînement, il faut rouler ou s’occuper de l’hygiène du sommeil ». Dans de tels cas, le soutien et la conversation sont essentiels. Quand je vois qu’un coureur manque de motivation, j’essaie de trouver avec lui un objectif qui le motivera. Ensemble, nous fixons la direction et nous élaborons un plan de ce qui doit être fait pour y parvenir. »
Dans cette perspective, il est difficile de faire un parallèle entre la danse classique et la course en montagne. Pourtant, toujours en réponse au questionnement de Magdalena Brys, Martyna explique qu’il existe des passerelles, entre ces disciplines. « Ce sont deux mondes différents et en termes d’effort, des expériences différentes. Cependant, les personnes qui ont déjà été en contact avec la danse peuvent développer de nombreuses habiletés motrices utiles à la course. Je veux dire la vitesse, le saut, la coordination ou la mobilité. C’est la danse qui m’a donné la forme physique et la conscience corporelle. Lorsque l’on entre dans le monde du sport, cette mobilité peut être un peu un obstacle – en cas de blessures, par exemple, parce que les tendons sont plus détendus. D’autre part, j’ai acquis, entre autres, la capacité de me déplacer rapidement sur le terrain. Un sentiment profond, que j’ai développé au fil des ans, il m’a été beaucoup plus facile de le traduire sur le terrain. » La victoire de Martyna Mlynarczyk sur la CCC est un CQFD.
Top5 messieurs
1 Francesco Puppi (Hoka, Italie) : 10 h 06’02
2 David Sinclair (Etats-Unis) : 10 h 13’42
3 Drew Holmen (Nike, Etats-Unis) : 10 h 16’15
4 Arnaud Bonin (Nutripure, France) : 10 h 26’03
5 Jeshurun Small (Etats-Unis) : 10 h 28’57
Top 5 femmes
1 Martyna Mlynarczyk (Hoka, Pologne) : 11 h 41’55
2 Sylvia Nordskar (Hoka, Norvège) : 11 h 42’13
3 Anna Tarasova (Norda, Espagne) : 11 h 44’18
4 Blandine L’Hirondel (Kiprun, France) : 11 h 53’31
5 Veronika Leng (Slovaquie) : 12 h 02’23
aout, 2025
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