La TransGranCanaria de Seb Chaigneau…

TransGranCanaria

Seb Chaigneau, c’est l’impression d’avoir mis pause sur un suivi live et de le reprendre 10 ans après. Mêmes anneau de pirate et faconde dont les aigus racontent 20 ans de trail. De Châtellerault à Chamonix – on l’a échappé belle avec Chambord ou Charleroi – Chaigneau deviendra ultra champion dès 2005, déflorera les premiers Lavaredo, MIUT & Co, francisera le record de Hardrock…et celui de la TransGranCanaria. La TGC, ce sont 6 dossards et une passion qui le marque encore. Et qu’il pourrait retrouver un jour. Un tel teasing, ça frôle la science-fiction (mais c’est lui qui a commencé).

Recueilli par Julien Gilleron

La vie est parfois poétique : un ado de Châtellerault deviendra l’un des ténors de la montagne. Tu représentes la génération « 1 », de 2003 jusqu’à encore 2019 : l’école de l’athlé permettait-elle encore d’être polyvalent du 10K à l’UTMB – et plus maintenant ?

SC : Elle permet quelque chose que l’on cherche toujours à cultiver chez les athlètes que l’on suit : une dégradation nettement moins accélérée de la foulée sur la fin de course. On parle souvent de la vitesse pure, mais ce n’est pas vraiment la cible sur de l’endurance longue. Il s’agit d’abord de pouvoir conserver une attitude physique pertinente, dont la performance se ressentira clairement ; mais également d’augmenter au maximum l’amplitude entre ta fréquence cardiaque au repos et ta FC Max, ta zone de travail. On oublie souvent qu’avant d’être trailer, il faut être coureur à pied – ce que bon nombre de trailers ne sont pas ! Ca passe donc par de l’éducatif de pied, de foulée (athlé…), et un travail d’intensité et d’allures pures qui cultivera ton cardio-vasculaire. Le tout te permettra d’absorber bien mieux les changements de rythme propres au trail, ainsi que les impacts et l’usure qu’ils produisent.

De la piste, encore et toujours…même avant la caillasse d’une TransGranCanaria, par exemple ?

SC : Encore et toujours, mais sur des années, et pas un mois avant (rires) ! Ce type de boulot est à la fois patient et très riche assez rapidement, mais il impose rigueur et constance. Durant mes années d’athlétisme, il m’arrivait de faire des 12×500 mètres en 1’20’’ soit 2’40’’ au kil, des séries de 1000 mètres à 2’35’’…et j’avais au moins deux séances 100% dédiées aux gammes et à la technique pure, foulée, propulsion, etc.

On oublie parfois que tu as 51 ans, et qu’en 2019 tu finissais 3e de l’Intégrale des Causses ou 4e de Oman by UTMB. As-tu rangé les baskets brutalement ?

SC : En 2020, je vais au Kenya 3 semaines et je chope le COVID en rentrant : je me suis trainé un COVID long ensuite et je n’ai pu reprendre qu’un petit peu l’an dernier…puis fracture de fatigue au niveau d’un pied, et 7 mois de pause en plus. 2021, 2022 en off complet à réussir à peine un footing par semaine. J’étais vraiment cuit. Mais depuis plusieurs mois, je vois enfin le bout du tunnel et je t’avoue que j’ai très bon espoir. Mais alors très, très bon espoir (sourire très, très mystérieux)…

Tu illustres également la bascule de la professionnalisation, et l’explosion du niveau au tournant 2010-2012. En 2024, tu restes un consultant actif sur les circuits majeurs (UTMB, Golden Trails). On parlait déjà de cap lors ton UTMB 2011. Depuis, en quoi l’évolution a-t-elle été exponentielle ou régulière ?

SC : Totalement exponentielle. Et à tous points de vue – financier, athlétique, logistique, médiatique. Je crois qu’on ne mesure peut-être pas à quel point le trail s’est décuplé, métamorphosé, les budgets ont cru au centuple, etc. Je suis vraiment content d’avoir vécu de l’intérieur les prémices de ce professionnalisme, car j’ai pu voir les choses grandir tout en les accompagnant : nous n’étions alors que deux avec Kilian à réellement franchir le cap ; quelques athlètes disposaient d’un peu de soutien financier, mais pas du tout mirobolant et évidemment insuffisant pour vivre. C’était hyper intéressant et formateur, car j’ai dû me structurer tout seul avec un kiné, un ostéo, un podologue…en tâtonnant et sans aide extérieure. Mais j’avais la chance de disposer d’un excellent entourage. Les contrats, les marques, tout a littéralement explosé par la suite. Au final, plutôt positivement, je pense.

L’amour « à la Chaigneau », ce sont des Mont Fuji, Lavaredo, Lybian, UTMB…mais surtout 6 TransGranCanaria dont 2 victoires et un record en 2012. Tu as connu un 123K/5500+ et un 121K/6700+ : 2 ambiances, à peine 200 coureurs. Raconte-nous ta découverte ?

SC : La première année, en 2011, j’arrive après avoir fait énormément de musculation, mais je me retrouve à avoir très vite mal aux jambes car j’ai mal géré l’assimilation de ma prépa : bilan, 3e. En 2012, je m’entraîne de la même manière mais fois-ci, je m’accorde davantage de temps pour récupérer, et ça matche direct. Je bats le record de Miguel Heras en parvenant à passer sous les 13h, et j’aurai les mêmes bonnes sensations en 2013 que je remporte malgré le D+ supplémentaire…La vraie spécificité de Gran Canaria ? A la différence d’autres îles comme El Hierro, Fuerteventura, la TGC est super intéressante car à mi-course, il fait froid. En outre, on reste en février pour les Européens du « nord » que nous sommes, et enquiller du très chaud alors qu’il neige chez toi, ça reste compliqué. Cette découverte me frappe et me séduit immédiatement – j’aimais déjà les Lybian Challenge de 2007 à 2009 à la même période, mais l’adaptation au climat restait le vrai défi. Ensuite, bien sûr, il y a cette autre planète…Gran Canaria.

Une vraie surprise, ou un sentiment de déjà vu méridional ?

SC : Non seulement je découvre des endroits incroyables, mais également une organisation aux petits soins pour les coureurs. Toute l’attention est portée aux athlètes, à les mettre dans les meilleures conditions pour vivre l’expérience de l’île. Il y a la culture hispanisante – ces repas à plus d’heure, génial ! – la gentillesse et je dirais « l’intelligence humaine » d’une équipe, l’instinct de comprendre le coureur. Tout cela impulsé depuis toujours par le « boss », Fernando Gonzalez, qui deviendra rapidement un ami.

La TGC nait la même année que l’UTMB. 21 ans après, considères-tu que l’épreuve conserve un esprit « originel » ? Lequel ?

SC : Je pense que oui : dans le sens qu’elle pense d’abord et toujours à l’expérience coureur, aux conditions dans lesquelles les placer pour qu’ils vivent quelque chose d’aussi impressionnant, fort et positif que possible. Bien sûr, il y avait aussi les athlètes présents lors des premières éditions ; des personnalités attachantes, souvent des copains. Mais je retiens un sentiment de bienveillance générale de la part de l’encadrement et du public. Quelque chose de familial dans l’air.

Tu évoques souvent ton attachement à la TGC. Pourquoi ?

SC : En plus de l’affectif que je viens d’évoquer, la course est très intelligente et puriste : tu traversais l’île. On partait de la capitale pour rallier Maspalomas ; je me souviens aussi d’avoir quitté Maspalomas avec 5 km de sable (2012 ?), puis enchaîné sur toute la remontée de l’île, le passage de Roque Nublo, Garanon, un fond de canyon sacrément rude et quelques coups de cul bien secs…puis un final piquant. Mais chaque édition était joyeuse et engagée, à la hauteur, jamais un faux pas. Certes, en tant qu’athlète North Face qui sponsorisait déjà la course, j’avais un statut un peu différent, on était sur place un mois avant pour faire un stage, des shootings pour d’autres marques, etc. Mais j’ai toujours été touché par un état d’esprit très attachant. Et mon petit doigt me dit qu’un jour, j’y retournerai(s) volontiers…

La question à 1000€ pour notre moment « grand témoin » : quels points clefs surveiller pour bien gérer l’épreuve reine, Classic 126K ?

SC : Laissez courir ! regardez les lièvres partir et patientez : tout commencera lorsque le jour se lèvera. Il faut d’abord viser Teror (K31 / 1580+), puis bien gérer le secteur de Garanon en se réveillant tranquillement. Ensuite, ne pas négliger les environs de la Cruz Grande. Mais surtout, ça ne sert à rien d’appuyer dès le départ, le soleil arrivera et peut animer quelques « faits de course »…

juin, 2024

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