Ces coachs de l’ombre #2 – Philippe Monnier-Benoit

Philippe Monnier-Benoit.

Il y a l’équipe de France, les courses mythiques ou les grandes teams, et ces coachs réputés que l’on « voit » – faiseurs de rois, selon la légende. Et puis il y a ces entraineurs dont on parle moins, mais qui creusent leur sillon à haut niveau – révélateurs de champions, eux aussi. Nous avions envie de leur donner la parole. Sélection non-exhaustive. Au tour de Philippe Monnier-Benoit.

Recueilli par Julien Gilleron

Il est celui qui guide Manon Bohard depuis le début, ou Dylan Ribeiro jusqu’à la 8e place d’un Marathon du Mont-Blanc. Jérôme Ferris, Ariane Wilhem ou Clément Christen lui font confiance. Pas sûr que vous connaissiez Philippe Monnier-Benoit, et pourtant le coach et préparateur physique côtoie tant les meilleurs trailers que le Centre de Ski Nordique de Prémanon en biathlon ou l’accession Nationale Triathlon. Pas plus de 15 athlètes choyés de près car Philippe M. Benoit « aime les suivre chacun quotidiennement » : du soin de faire les choses à échelle humaine – performances à la clef.

TEM : Pour beaucoup de trailers, la reprise va s’accentuer au détriment de sports croisés ou sans impact. Quelles erreurs majeures ne faut-il pas commettre en cette période de l’année ?

PMB : tu t’en doutes : trop en faire. On passe d’un état de coupure voire de sédentarité, à une reprise active. La majorité des gens non accompagnés vont augmenter trop brutalement leur charge (en particulier leur volume) et cela générera l’effet pervers de créer une phase de méforme physique un peu plus tard dans la saison, souvent liée à une baisse de motivation et parfois à une blessure (tendinite ou autres….). On doute souvent de ces contrecoups : ils sont pourtant très concrets et peuvent être lourds de conséquences. Savoir cibler ses objectifs, adapter sa charge d’entraînement et surtout respecter le principe de progressivité – quitte à se sentir un poil frustré.

Philippe Monnier-Benoit.
Photo Samuel Maraffi

TEM : « L’accomplissement » d’un athlète : comment le définirais-tu ?

PMB : Qu’il soit en capacités physiques, mentales, émotionnelles de donner le meilleur de lui-même pour l’objectif qu’il s’est fixé. J’aime l’idée d’harmonie générale et de bien-être dans cette notion d’accomplissement. Je dis souvent que l’engagement dans un projet sportif est une forme de développement personnel.

TEM : Ta « satisfaction » ultime d’entraineur : quelle serait-elle ?

PMB : Pas facile de la définir…mais j’apprécie de pouvoir ressentir l’émotion qu’éprouve l’athlète au moment où il performe au maximum de ses capacités. La satisfaction, c’est de les voir épanouis dans leurs projets et leurs vies.

TEM : Qu’est-ce qui te motive le plus dans ton métier : cibler l’excellence, ou accompagner de A à Z quel que soit le niveau ?

PMB : Le projet, encore le projet, toujours le projet. Peu importe le niveau ou l’expérience de l’athlète, si le projet me fait vibrer et qu’il fait sens, j’aurai envie de m’investir et d’aider par un accompagnement adapté. Je crois avoir investi la même passion pour accompagner sur des prépa physiques en vue des JO, que pour accompagner des jeunes ados dans leur développement physique au sein d’une section sportive. Le projet, c’est la base !

TEM : Par définition, l’entraineur vise-t-il à guider l’élève vers sa performance, ou l’objectif est-il bien plus riche ?

PMB : Je ne pense pas que l’on “guide” l’athlète : on serait plutôt une ressource qui doit lui permettre de mieux s’exprimer dans sa pratique sportive. Pour moi, l’entraîneur l’accompagne vers toujours plus d’autonomie et de maîtrise de ses savoirs-faires.

TEM : Ta plus grande fierté à ce jour ?

PMB : Encore une réponse négative, vraiment désolé…je ne suis fier de rien ! Allez, disons plutôt et surtout heureux de les voir réussir et vibrer pour leur passion. Mais j’avoue que j’ai parfois autant de satisfaction à les voir réaliser certaines séances difficiles à l’entraînement, que réaliser un classement. Travailler avec Dylan (NDLR : Ribeiro) pour courir 29’ au 10 bornes a été une belle aventure…..tout comme l’histoire qui s’écrit avec Manon Bohard depuis ses débuts.

Philippe Monnier-Benoit.
Photo Samuel Maraffi

TEM – Quelle limite ne franchiras-tu jamais dans la demande que tu fais à un sportif ? A moins que l’on parle davantage de « proposition » que de demande…

PMB : Je ne demande rien aux athlètes : c’est une relation totalement linéaire. On échange, mais surtout on partage les mêmes valeurs et la première d’entre elle est que pour être athlète, il faut avant tout être en bonne santé : on la préservera donc toujours, coûte que coûte. Aucune victoire ne vaut la santé physique ou mentale.

TEM – Question piège : ton élève préféré ? Le cancre ?

PMB : je n’ai pas de chouchou…ou alors ils sont tous attachants ou pénibles en fonction du moment ! On va dire que certains sont plus scolaires que d’autres. Mais c’est surtout à moi de m’adapter pour qu’ils soient tous engagés dans la planification et les entraînements !

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février, 2024

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